Succès de l’auto-pub US : facteurs importants.

Nous regardons très souvent le marché numérique américain (voire anglo-saxon) avec bonheur ou jalousie. En fait, nous envions même souvent le succès de leurs auteurs auto-publiés. Faut dire que pas mal de sites en parlent, que les gros médias s’opposent avec des arguments bidons et que des mecs arrivent vendre leurs bouquins par millions. Du coup, les éditeurs traditionnels cherchent de plus en plus souvent à les séduire tandis qu’Amazon sort son chéquier pour les garder. Bon, on ne va pas énumérer les faits d’armes de Hocking, Konrath, Locke et consorts. Ce qui nous intéresse finalement, c’est que les conditions étaient réunies à leur explosion.

Facteur législatif

On ne va pas revenir là-dessus, le sujet est quand même pas mal douloureux pour les entrepreneurs français qui souffrent de lourds handicaps dans un système maintenant archaïque. La bureaucratie finira bien par avoir notre peau un de ces quatre. Et quand tu constates, avec effroi, qu’un auteur auto-publié n’est même pas vraiment reconnu puisqu’il est considéré comme un auteur à compte d’auteur, t’as envie de te marrer et de repeindre la pièce en jaune cocu. Bref, s’il n’exerce pas de profession, il sera obligé de se déclarer comme travailleur indépendant (auto-entrepreneur, profession libérale ?) et devra payer toutes les charges qui vont avec. Autant dire que les claques se perdent à l’Assemblée Nationale et que nous devons accepter que les députés perpétuent un meurtre contre la culture sans piper mot !

Facteur (contre-)culturel

Facteur « matière à débat », nombre d’auteurs ricains considérant que la contre-culture est largement plus forte en France. Malgré tout, j’ai envie de dire qu’ils ne savent pas combien ils sont chanceux, eux.

Déjà, les lecteurs ont bien assimilé que le livre était un business comme un autre et pas un truc romantique.

Ensuite, ils aiment bien les indépendants et les alternatifs. Fu Manchu, Kyuss ou QOTSA qui arrivent se faire une place auprès d’une frange du grand public en France… on ne le verra jamais, les gars. Le jour où le Palahniuk français sera en tête de gondole de la Fnac et verra un de ses romans adapté au ciné, on pourra marquer le jour d’une pierre blanche sur le calendrier de l’année 2137.

Du coup, les ricains n’ont eu aucun remords à faire péter le système traditionnel et attribuer leur confiance à ces indés, qui vendent à bas prix généralement. Bah ouais, disons le clairement, le marché US est énorme (et s’étend dans le monde d’ailleurs) et permet a des « tarés » qui écrivent des bouquins de niche de pouvoir payer les factures. Acheter un bouquin auto-publié, pour certains, c’est aussi rentrer en guerre contre le système et punir les gros qui ne pensent qu’à ton portefeuille. D’ailleurs, quelques auteurs auto-publiés n’hésitent même plus à jouer sur cette corde et à proclamer leur rejet du Big Six, voire avouer un dumping du livre indé en admettant qu’ils fixent un prix injuste (unfair price), comprendre des prix auxquels les publishers perdraient de l’argent à chaque exemplaire vendu. Et puis ça ne s’applique pas qu’aux auto-publiés, ça s’applique aussi aux éditeurs papier über-spécialisés (genre la bizarro-fiction qui a même droit à des critiques dans le Guardian…)

Facteur faillite

On parle ici de la faillite du système de publication papier. Bien sûr, le système ricain est très différent du nôtre étant donné que l’agent littéraire y est roi. Mais ça ne joue pas tant que ça, au fond. En France, l’éditeur veut les pleins pouvoirs (demande donc à Gallimard ce qu’il pense de Jonathan Littell, tu vas te marrer). On digresse, on diverge, revenons-en au principal. L’agent littéraire, il se retrouve bien dans la merde avec ses manuscrits vu qu’il met 6 à 12 mois à les traiter. S’il faut éditer, on repart pour un tour. Au final, on en finit plus. Et autant dire que si ton roman surfe sur une tendance et que trop de bouquins ont été publiés dans ce genre ou sous-genre, il n’a plus aucun intérêt et ne sera pas publié.

Et je ne te parle même pas de ta promo qui devra se concentrer sur deux semaines, le temps que ton bouquin papier soit présent sur les étals des libraires. Si tu ne vends pas, va te faire foutre, on passe à autre chose.

Le système papier apparaît désormais comme un système totalement dépassé face à la société moderne. Du coup, c’est con, certains agents conseillent à leurs poulains de s’auto-publier… 700.000 auteurs auto-publiés rien qu’aux USA, les gars.

Vision d’horreur pour certains, triste réalité pour ceux qui sont dans le système papier.

Facteur Rébellion

C’est génial comme transition (un peu d’auto-congratulation), ce facteur est intimement lié au facteur précédent.

Avec la crise, moins d’éditeurs (ceux qui améliorent, pas ceux qui publient), moins de correcteurs et la charge de travail qui est mise sur le dos de l’auteur. L’auteur moyen, il a bon dos ! L’éditeur, il lui fait porter le coût de l’édition et de la correction si elle est nécessaire. En bonus, il doit faire sa promo lui-même. Du coup, le publisher, il assume de moins en moins son rôle et décentralise son boulot sur l’auteur. Inutile de souligner le fait que si un auteur best-seller se ramène avec son manuscrit dans une période où l’auteur mid-list a été proclamé « auteur à promouvoir », le petit-auteur-qui-vend-pas-mal-mais-pas-assez l’a dans le fondement : plus de support promo de la part de l’éditeur. Quand tu y penses, ça fait quand même mal.

Résultat, bon nombre d’auteurs en ont marre et s’auto-publient vu qu’ils font déjà tout le boulot. Et ces auteurs-là, ils sont habitués à faire leur promo et à gérer pas mal d’étapes d’édition et de publication. Alors quand Amazon leur promet 70% de royalties, ils claquent la porte de leur cher éditeur et rameutent leurs lecteurs loyaux dans la sphère du numérique. Bref, les éditeurs se sont foutus pas mal d’auteurs à dos ; les services de publication directe des revendeurs ont su les récupérer. Au final, les éditeurs s’époumonent et essayent de se convaincre qu’ils sont encore vitaux alors qu’ils ont déconsidéré les mecs qui leur ramenaient du pognon.  Boom Shaka Laka, les publishers se prennent le retour de flamme en pleine gueule, d’autant que ces auteurs-là ont en général des lecteurs vraiment loyaux et qu’ils ont une réelle crédibilité vu qu’ils ont été publiés auparavant…

Facteur commercial

On ne va pas tergiverser. Amazon, Barnes & Noble ou Kobo sont entrés en guerre froide contre les éditeurs, voir mon article qui en parle plus en profondeur. Le jour où la Fnac le fait spontanément, j’offre Spirit of ‘76 à tous ceux qui m’enverront un mail dans les 12 heures. Numilog, on n’en parle pas… la plateforme était détenue par Hachette (et pratique l’auto-publication très payante via jepublie.com).

Facteur communauté

On n’y pense pas vraiment mais c’est un facteur important. D’un côté, tu as les auteurs qui partagent leurs astuces pour connaître le succès en auto-publication. De l’autre, tu as les lecteurs qui partagent les livres auto-publiés qu’ils ont découvert. Pour résumer, la chose prend la forme d’un combat contre l’ordre établi sur le terrain que l’éditeur maîtrise le moins : le net. Les lecteurs s’imposent comme les nouveaux prescripteurs et un article de blog est maintenant susceptible de booster davantage les ventes qu’un article dans un journal papier. Faut dire que les lecteurs en ont un peu ras le bol des conflits d’intérêts du type critique littéraire qui publie chez un éditeur. Du coup, ils ont profité de l’aubaine numérique pour reprendre leur place naturelle. Le critique littéraire, il peut gueuler. Force est de constater que les pratiques de certains ont juste pourri son statut. À un moment, faut arrêter de prendre les gens pour des cons.

On passe sur les sites beaucoup plus spécialisés (listings de livres gratuits, « communautés de tag Kindle », sites de critiques, etc), on y passerait des heures.

J’en oublierais presque un autre truc : l’émergence de stars de l’auto-publication, les icônes qu’on met en avant pour dire que ça fonctionne ! Merde, les auto-publiés à succès maîtrisent le marketing, alors ?

Je vous présente l’ennemi numéro 1 des Éditeurs.

Et en France, alors ?

Bonne nouvelle, on sent que le vent commence à tourner. On arrive même esquisser certains facteurs favorables. D’une, Kobo et Amazon arrivent. De deux, Ayerdhal est parti en guerre contre les éditeurs (Nabe et Dantec seraient peut-être bien inspirés de le rejoindre, d’autant qu’ils ont déjà envoyé bouler leurs éditeurs). De trois, mon guide de l’auto-publication va enfin être publié en français (hop, combo auto-promo + placement produit). De quatre, les derniers scandales de l’édition (plagiats intertextuels) font remonter des cadavres à la surface (vous savez, ces pratiques de merde qui ont cours chez pas mal d’éditeurs et que les lecteurs veulent absolument voir cesser, conflits d’intérêts