Ce qui est léger est bien : le poids d’un eBook

Light is right. Colin Chapman (Lotus)

Nous avons tendance à oublier, surtout ces derniers temps, que la légèreté est quelque chose de positif. C’est d’ailleurs l’un des avantages perçus du livre numérique.

Alors où est passé le fichier léger, rapide à télécharger, qui vient rejoindre des milliers d’autres dans les 2 giga-octets de stockage de la moindre liseuse entrée de gamme ?

Comme si nos possibilités s’étaient décuplées et que nous n’avions pas réussi à faire la part des choses…

Au commencement

Le livre numérique, ce fichier d’un peu plus de 100 kilo-octets qui se télécharge en moins d’une seconde, dont le poids est incroyablement négligeable par rapport à la moindre app mais qui contient pourtant des dizaines d’idées et plusieurs centaines de milliers de mots.

Ces quelques ko qui nous font voyager, nous emmènent dans des univers totalement inconnus, nous inspirent et se propagent telle une traînée de poudre pour nous redonner l’envie de lire.

Après vérification, The Picture of Dorian Gray (version Gutenberg) accuse quelques 181 ko au format EPUB là où le poids moyen d’une page web en 2014 tape quasiment les 2 méga-octets — ce poids moyen étant en hausse constante depuis des années, ce que d’aucuns trouvent préoccupant, au passage.

Et puis…

Les possibilités sont apparues au fur et à mesure, nous les avons utilisées à tel point qu’aujourd’hui, nous pouvons bien volontiers.

Nous pouvons intégrer des familles de polices toutes entières, nous pouvons ajouter de l’audio et de la vidéo, nous pouvons travailler nos feuilles de styles pour réaliser des mises en pages plus soignées, nous pouvons exporter en laissant le logiciel prendre soin d’optimiser à notre place, nous pouvons utiliser des images de plus grandes dimensions…

Et puis, nous devons également.

Nous devons intégrer des fontes pour assurer le coup (caractères grecs ou russes, langues asiatiques, code informatique nécessitant une police à chasse fixe, etc.), nous devons utiliser des images de dimensions suffisantes pour les écrans HD — ne serait-ce que pour la couverture —, etc.

Et les fichiers que nous fabriquons commencent à accuser un certain embonpoint, leur poids moyen ayant explosé en quelques années. Nous n’y pouvons rien, c’est comme ça.

#OhWait

Si j’admets ne pas trop avoir daigné écouter les remarques de certains lecteurs à ce sujet — souvent teintées de mélancolie voire de peine — pendant un certain temps, nous nous sommes quand même toujours imposés, entre autres, d’optimiser les images pour fournir des fichiers au poids raisonnable.

Mais force est de constater qu’au fil des mois, plusieurs événements m’ont fait prendre conscience que la légèreté devait être l’un de nos objectifs principaux :

  • les apps-magazines particulièrement lourdes qui dégradent fortement l’expérience de lecture au point que pas mal de lecteurs en viennent à les oublier voire les rejeter en bloc ;
  • les diverses tablettes qui nous servent à vérifier nos fichiers et qui n’offrent pas forcément un espace de stockage faramineux — 8 giga-octets, c’est vraiment très très peu — dès que l’on télécharge quelques apps ;
  • les livres achetés qui semblent peser de plus en plus lourd, certaines « démos techniques » n’hésitant pas à dépasser le giga-octet ;
  • le convertisseur Kindle qui fait exploser le poids de l’EPUB ayant servi de fichier source ;
  • un EPUB 3 contenant du texte japonais pour lequel il a fallu intégrer une fonte de 10 mo, soit le quintuple — facile — du poids du fichier d’origine ;
  • des clients, de plus en plus nombreux, qui demandent expressément à ce que les fichiers soient les plus légers possible étant donné qu’ils vendent en direct et qu’un poids trop élevé est susceptible d’occasionner des frais supplémentaires.

Bref, autant de petites choses qui ont provoqué une réflexion.

Le poids d’un eBook

Un fichier de quelques méga-octets, ça n’a l’air de rien sur votre bureau.

Seulement, multipliez par le nombre de téléchargements, imaginez que le lecteur le synchronise sur 2 ou 3 machines, pensez que cela demande une certaine quantité d’énergie, cherchez un peu comment cette énergie est produite, rendez vous compte que des millions de fichiers « subissent » le même traitement et voyez où je veux en venir.

Je ne me qualifierais pas d’écologiste mais je pense avoir intégré l’idée que nous pouvons avoir un impact plus ou moins positif à ce niveau-là. Je sais que ce genre de propos peut paraître candide et que nous pouvons facilement nous retrouver face à nos propres contradictions mais j’en ai un peu marre que la légèreté ne soit envisagée que comme la conséquence d’un plan d’affaires, cf. l’app Facebook Light pour les pays en voie de développement, qui pèse 252 ko uniquement parce qu’il a fallu prendre le réseau 2G en compte et pas parce que l’optimisation était un objectif plus général.

Et donc ce qui est léger est bien

Keep it simple and smart. K.I.S.S.

C’est mon nouvel état d’esprit… après 3 années passées à concevoir et à fabriquer des livres numériques.

Et cette règle ne rentre pas en contradiction avec les autres principes qui ont guidé mon travail jusqu’ici, notamment l’envie de créer des livres numériques de qualité, à la composition typographique et au design graphique soignés.

Au fond, ce n’est pas si difficile : il suffit de s’intéresser aux polices systèmes mises à disposition pour chaque plateforme, de penser le design graphique dans sa simplicité et d’évacuer tout ce qui ne semble pas nécessaire… donc ce qui a très souvent trait à ce que nous appellerons « l’esthétisme ».

Et puis, les bénéfices sont finalement nombreux puisque ces polices système sont très souvent optimisées pour l’appareil de lecture et qu’un design graphique simple s’accommodera très bien des écrans à encre électronique (eInk), par exemple.

Bien naturellement, je ne cherche nullement à vous convaincre ; c’est juste une expérience que j’ai envie de partager. Mais j’aimerais quand même finir sur une question toute bête qui me traverse l’esprit à l’instant…

Comment se fait-il qu’Amazon ait conquis le marché anglo-saxon avec un format extrêmement pauvre en termes de mise en pages et que, plus généralement, la lecture numérique se soit (majoritairement ?) construite sur des fichiers légers et extrêmement simples ?


1 commentaire Ce qui est léger est bien : le poids d’un eBook

  1. Martin Cabana

    Article très intéressant qui nous fait réfléchir et nous ramène à l’essentiel de ce que doit nous apporter un livre… La lecture.

    Répondre

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